Rapport Orbital

Devis de pompe à chaleur : le COP annoncé est-il réaliste à votre adresse ?

Le devis met un COP en avant et bâtit l'économie annoncée dessus. Le chiffre est exact à +7 °C dehors et 35 °C dans le circuit. Reste à savoir ce qu'il vaut un soir de janvier, sur vos radiateurs.

Mis à jour le 1 septembre 2026 · 7 min de lecture

Pourquoi le chiffre ne tient pas tout l'hiver

Une pompe à chaleur déplace de la chaleur de l'extérieur vers l'eau du chauffage, et son rendement suit l'écart entre les deux températures : la relation de Carnot, corrigée d'un rendement pratique. La vérification retient 0,40 pour une air/eau, 0,38 pour une air/air, 0,45 pour une géothermie, soit les valeurs d'une bonne machine. L'hypothèse est volontairement favorable au vendeur : un écart qui subsiste malgré elle ne peut pas être mis sur le compte d'un matériel médiocre.

Deux choses creusent cet écart en janvier, et elles arrivent ensemble. L'air se refroidit. Et l'eau du circuit se réchauffe, parce qu'une régulation par loi d'eau monte la température de départ à mesure que la température extérieure descend, jusqu'à sa valeur de dimensionnement à −7 °C. Le rendement est comprimé des deux côtés au même moment.

L'émetteur décide de la moitié du résultat

Cette température de départ à −7 °C dépend de ce qu'il y a au bout du tuyau : 35 °C pour un plancher chauffant, 45 °C pour des radiateurs basse température, 60 °C pour des radiateurs classiques dimensionnés du temps de la chaudière. Le même appareil, dans le même modèle de calcul, donne :

  • Un jour à +2 °C : environ 3,9 avec un plancher chauffant, 2,7 avec des radiateurs classiques.
  • Une nuit à −7 °C : environ 2,9 avec un plancher, 2,0 avec des radiateurs classiques.

Valeurs d'une air/eau, la pénalité de dégivrage appliquée là où elle joue. Le seul paramètre qui change entre les deux colonnes est la température de l'eau. Un devis qui annonce un COP sans dire sur quels émetteurs il s'applique n'a donc rien annoncé.

Le dégivrage, entre −3 et +5 °C

Sous +5 °C, l'humidité de l'air gèle sur l'évaporateur ; la machine inverse périodiquement son cycle pour le dégeler, et cette énergie-là ne chauffe pas la maison. Le calcul retire 10 % au rendement dans cette plage. En dessous de −3 °C l'air porte trop peu d'humidité pour givrer et la pénalité disparaît : il ne reste que le froid, qui suffit.

Ce que la vérification compare

Le rendement saisonnier attendu se calcule jour par jour sur les températures moyennes quotidiennes relevées au poste Météo-France de référence, chaque journée de chauffe étant pondérée par son besoin — degrés-jours en base 18 °C, chauffage en dessous de 15 °C de moyenne. Deux séries servent : les dix hivers 2010-2019 et les douze derniers mois entiers.

Le verdict porte sur un seul rapport, le COP promis divisé par ce rendement saisonnier, moins un. C'est la part de consommation que la promesse ne dit pas.

  • Jusqu'à 15 % : cohérent avec ce qu'une saison donne à cette adresse.
  • De 15 à 30 % : optimiste. La saison réelle se situe sensiblement en dessous du chiffre annoncé.
  • De 30 à 60 % : surévalué. Le chiffre correspond à un point de mesure en laboratoire, pas à un hiver.
  • Au-delà de 60 % : hors d'atteinte sur une saison à cette adresse, avec ces émetteurs.

Un exemple : COP 4,5 annoncé, rendement saisonnier attendu 2,6 sur des radiateurs classiques. Le rapport vaut 1,73, soit 73 % : hors d'atteinte, et une facture de chauffage 73 % au-dessus de ce que la promesse laissait espérer, avant même que la machine soit posée.

Ce qu'on relit sur un devis

  • Un COP seul, sans température d'eau ni émetteur. Le chiffre existe, il ne s'applique à rien de connu chez vous. La question à poser tient en cinq mots : à quelle température de départ ?
  • L'économie calculée sur le COP nominal. « 70 % d'économies » suppose un rendement saisonnier de 3,3 face à des radiateurs électriques ; à 2,4, l'économie tombe à 58 %. Face au gaz ou au fioul, dont le kWh coûte deux à trois fois moins que l'électricité, la même machine peut n'économiser que 20 à 40 %.
  • Aucun dimensionnement. Pas de déperditions du logement en kW, pas de puissance délivrée à la température de base de la commune, pas un mot sur l'appoint électrique. C'est ce calcul-là qui décide si la résistance d'appoint tournera tout l'hiver, et il double la facture sans que rien ne paraisse anormal.
  • Un SCOP recopié du catalogue. Il vaut pour le climat de référence de la norme, proche de Strasbourg, et pour une température d'eau normalisée. En montagne, ou sur des radiateurs à 60 °C, il ne décrit pas votre saison.
  • Un pourcentage d'économies sans énergie de comparaison. Il n'a de sens qu'avec l'énergie remplacée, son prix du kWh et votre consommation antérieure.

Les cinq questions à poser avant de signer

  1. À quelle température l'eau partira-t-elle par −7 °C, avec mes émetteurs actuels ? La réponse est un nombre, entre 35 et 60.
  2. Quelles sont les déperditions de mon logement en kW à la température de base de ma commune, et quelle puissance la machine délivre-t-elle à cette température ?
  3. Sur quel rendement saisonnier l'économie annoncée est-elle calculée, et pour quel climat ?
  4. À partir de quelle température extérieure l'appoint électrique démarre-t-il, et combien d'heures par an est-il prévu ?
  5. L'économie est comparée à quelle énergie, à quel prix du kWh, et sur quelle consommation antérieure ?

Demandez les réponses par écrit, sur le devis ou par courriel. Un installateur qui a fait le calcul les donne en dix minutes ; un vendeur qui a recopié une fiche produit ne les donnera pas, et ce silence-là se conserve avec le reste du dossier.

Questions fréquentes

Mon devis affiche « COP 5,2 » sans autre précision. Qu'en déduire ?
Que la machine a été mesurée à +7 °C avec de l'eau à 35 °C, la condition normalisée : la configuration d'un plancher chauffant par une journée d'avril. Si vos radiateurs sont dimensionnés pour 60 °C, la même machine franchit jusqu'à 25 °C d'écart supplémentaire au plus froid de l'hiver. Demandez par écrit le rendement retenu pour vos émetteurs à vous.
Un COP annoncé de 4,5 est-il un mensonge ?
Non : c'est une mesure normalisée, réelle, à un point précis. Ce qui se discute est l'usage qui en est fait. Présenté comme le rendement d'une saison et utilisé pour calculer une économie annuelle, il gonfle la promesse d'autant que votre hiver s'écarte du point de mesure. Au-delà de 60 % d'écart avec le rendement saisonnier attendu à votre adresse, la vérification le classe hors d'atteinte.
Faut-il renoncer à une pompe à chaleur sur des radiateurs classiques ?
Pas nécessairement : elle fonctionne, à un rendement plus bas, et l'arithmétique dépend surtout de l'énergie remplacée. Face à des radiateurs électriques l'économie reste nette ; face au gaz ou au fioul elle peut tomber à 20 ou 40 %, voire s'effacer dans une maison mal isolée. Le calcul se fait avec votre consommation antérieure, avant signature plutôt qu'après.
J'ai déjà signé et la première facture est arrivée.
Le raisonnement est le même, avec une pièce de plus : votre consommation relevée. Elle se compare séparément au rendement que le climat de l'année permettait, ce qui distingue une promesse excessive d'une installation qui fonctionne mal. Le guide sur la facture plus élevée que promis détaille les pièces à réunir et l'ordre des démarches.

Textes de référence

  • Code de la consommation, art. L111-1 — L'obligation d'information précontractuelle sur les caractéristiques essentielles du bien ou du service.
  • Code de la consommation, art. L121-2 et suivants — Les pratiques commerciales trompeuses, notamment sur les résultats attendus d'un bien ou d'une prestation.
  • Norme NF EN 14511 — Le point de mesure du COP : +7 °C d'air extérieur, 35 °C d'eau au départ.
  • Norme NF EN 14825 — Le SCOP : rendement saisonnier calculé pour un climat de référence et une température d'eau normalisée.
  • Météo-France — Données climatologiques de base, quotidiennes, Licence Ouverte 2.0 — Les températures moyennes quotidiennes du poste de référence, dont sont tirées la saison normale et les douze derniers mois.

Ces guides décrivent le cadre général et ne constituent pas un avis juridique. Rapport Orbital restitue des données publiques ; l'interprétation de votre situation revient à un professionnel du droit.