« L'installation s'autofinance » : ce que vaut vraiment cette promesse
« Ça ne vous coûtera rien, la revente à EDF paie le crédit. » Cette phrase a fait signer des centaines de milliers de contrats. Voici le calcul qu'elle cache.
Mis à jour le 23 août 2026 · 7 min de lecture
Ce que la promesse suppose
Prenons le cas typique du démarchage : 3 kWc, 12 000 à 18 000 € financés sur 10 à 15 ans, soit une mensualité de 110 à 170 €. Pour que l'installation « se paie », il faut donc 1 300 à 2 000 € de gains par an.
Une installation de 3 kWc bien orientée produit entre 2 800 et 4 200 kWh par an selon la région. Supposons 3 500. Les gains se composent de deux parts : ce que vous consommez au lieu de l'acheter, et ce que vous revendez.
- Autoconsommation réaliste, sans batterie : 30 % — soit 1 050 kWh, valorisés au prix de votre kWh (environ 0,25 €) : ≈ 260 € par an.
- Surplus injecté : 70 % — soit 2 450 kWh. Au tarif d'avant juin 2026 (0,04 €/kWh) : ≈ 100 €. Au tarif applicable aux nouvelles demandes depuis l'arrêté du 4 juin 2026 (0,011 €/kWh HT) : ≈ 27 €.
- Total : 290 à 360 € par an. Face à 1 300 à 2 000 € de mensualités.
Il manque un facteur quatre à six. Aucune hypothèse raisonnable ne le comble. Pour y parvenir, une étude doit forcer plusieurs leviers à la fois : une production surévaluée, un taux d'autoconsommation de 70 ou 80 % sans batterie, un tarif de rachat inventé, et une hausse du prix de l'électricité de 8 à 10 % par an composée sur vingt ans.
Ce que l'arrêté du 4 juin 2026 a changé
Jusqu'au printemps 2026, une petite installation en surplus touchait une prime à l'autoconsommation (80 € par kWc au premier trimestre 2026) et vendait son surplus 4 centimes le kWh, tarif révisé chaque trimestre par la CRE. C'était déjà insuffisant pour un autofinancement, mais cela laissait une marge de discussion.
L'arrêté du 4 juin 2026 a supprimé la prime, fixé le surplus à 1,1 centime HT par kWh indexé de 2 % par an, et mis fin aux révisions trimestrielles. Pour toute installation dont la demande de raccordement est postérieure, la revente ne pèse plus rien : une installation de 3 kWc rapporte une vingtaine d'euros par an en revente. La promesse « la revente paie le crédit » est devenue fausse par construction.
Pourquoi cela intéresse votre dossier
Une promesse d'autofinancement n'est pas un slogan, c'est une affirmation chiffrée sur le résultat attendu. Lorsqu'elle a déterminé votre signature et qu'elle ne pouvait pas être tenue, elle relève soit de la pratique commerciale trompeuse, soit du dol. Les tribunaux l'ont retenu à de nombreuses reprises, en particulier lorsque le vendeur présentait l'opération comme « sans coût » ou « neutre ».
Deux choses renforcent considérablement un tel dossier : une trace écrite de la promesse (étude, courriel, brochure, simulation photographiée), et la démonstration que la production annoncée elle-même dépassait ce que votre toiture peut physiquement produire. Le premier point prouve ce qu'on vous a dit ; le second, que c'était impossible.
Refaire votre propre calcul
- Relevez la production annuelle réelle sur votre onduleur (ou, à défaut, la valeur de référence de votre commune).
- Multipliez par 0,3 et par le prix de votre kWh : c'est votre économie annuelle plausible.
- Multipliez le reste (0,7) par votre tarif de rachat contractuel : c'est votre revente.
- Comparez la somme à douze mensualités de crédit. L'écart, c'est ce que l'installation vous coûte réellement chaque année.
Questions fréquentes
- Une installation photovoltaïque peut-elle être rentable ?
- Oui, mais pas par la revente. Elle l'est lorsque vous consommez une part importante de ce que vous produisez, que le prix d'achat est raisonnable et que vous n'avez pas de crédit coûteux. Le temps de retour réaliste se situe généralement entre 10 et 15 ans, pas 5. « Rentable » et « s'autofinance » sont deux choses différentes.
- On m'a dit qu'EDF rachetait à un « tarif garanti ». C'est faux ?
- Le tarif est bien garanti — vingt ans, au niveau fixé à la date de la demande de raccordement. C'est son montant qui est rarement celui annoncé : 4 centimes au plus en début 2026, 1,1 centime depuis juin 2026. Un vendeur qui parle de « tarif garanti » sans chiffre entretient la confusion avec le prix de l'électricité que vous payez, six à vingt fois plus élevé.
- Mon installation date de 2023. Le nouvel arrêté me concerne-t-il ?
- Non pour votre tarif de rachat, qui reste celui de votre contrat d'achat. Oui pour l'analyse de la promesse qu'on vous a faite : même au tarif de 2023, un autofinancement était arithmétiquement hors d'atteinte pour une installation résidentielle standard.
Textes de référence
- Arrêté du 4 juin 2026 (tarifs d'achat S21 modifiés) — Suppression de la prime à l'autoconsommation ; surplus à 1,1 c€/kWh HT pour les nouvelles demandes.
- Code de la consommation, art. L121-2 — Pratique commerciale trompeuse, notamment par allégation fausse sur les résultats attendus.
- Code civil, art. 1137 — Dol par manœuvres ou dissimulation d'une information déterminante.
Ces guides décrivent le cadre général et ne constituent pas un avis juridique. Rapport Orbital restitue des données publiques ; l'interprétation de votre situation revient à un professionnel du droit.