Étude de rentabilité photovoltaïque : les 6 chiffres à vérifier avant de signer

Une étude de rentabilité n'est pas une mesure, c'est un argumentaire. Six hypothèses la pilotent, et il suffit d'en forcer deux pour qu'une installation médiocre paraisse s'autofinancer.

Mis à jour le 23 août 2026 · 7 min de lecture

Voici les six chiffres, dans l'ordre où ils pèsent sur le résultat. Pour chacun : la valeur réaliste, et le signe qu'elle a été forcée.

1. La production annuelle (kWh/an)

C'est le chiffre qui entraîne tous les autres. Il dépend de votre adresse, de l'orientation et de l'inclinaison de la toiture, et de la puissance installée. Il existe une valeur de référence publique pour chaque commune et chaque orientation ; une étude honnête s'en approche, et l'étude vous dit d'où vient son chiffre.

2. L'orientation et l'inclinaison

À puissance égale, une toiture orientée est ou ouest produit environ 20 % de moins qu'une toiture sud, et une toiture nord environ moitié moins. Une étude qui ne mentionne pas l'orientation, ou qui retient « sud » par défaut, surestime mécaniquement la production.

3. Le tarif de rachat

Le tarif auquel le surplus est racheté est fixé par arrêté. Il était encore de 4 centimes par kWh au premier trimestre 2026, avec une prime à l'autoconsommation de 80 € par kWc. Depuis l'arrêté du 4 juin 2026, pour toute nouvelle demande, le surplus est racheté 1,1 centime par kWh HT et la prime a disparu. Une étude qui retient un tarif supérieur, ou qui suppose qu'il est garanti à vie, est fausse — et une étude antérieure à juin 2026 qui promettait un autofinancement reposait sur des conditions qui n'existent plus.

4. Le taux d'autoconsommation

La part de votre production que vous consommez vous-même, au lieu de l'injecter sur le réseau. Pour un foyer sans batterie, absent en journée, elle se situe typiquement entre 20 et 40 %. Une étude qui retient 70 ou 80 % sans batterie ni pilotage transforme chaque kWh produit en kWh économisé au prix fort — c'est le levier le plus efficace pour gonfler une économie annuelle.

5. La hausse du prix de l'électricité

Toute étude projette sur 20 ou 25 ans, et doit faire une hypothèse sur l'évolution du prix. Une hausse de 2 à 4 % par an est défendable. Une hausse de 8 ou 10 % par an, composée sur 25 ans, multiplie le prix par 7 à 10 — et fait paraître rentable n'importe quoi. Cherchez ce pourcentage dans l'étude ; s'il n'y figure pas, demandez-le.

6. La dégradation et l'entretien

Les panneaux perdent de l'ordre de 0,5 % de rendement par an. L'onduleur se remplace en général une fois sur la durée de vie de l'installation, pour un coût de plusieurs centaines à plus d'un millier d'euros. Une étude qui ne prévoit ni l'un ni l'autre surestime le gain cumulé de 10 à 15 %.

Refaire le calcul en dix minutes

  1. Prenez la production annuelle de l'étude et comparez-la à la valeur de référence pour votre commune et votre orientation.
  2. Multipliez la production par le taux d'autoconsommation réaliste (30 % sans batterie), puis par le prix de votre kWh. C'est l'économie annuelle crédible.
  3. Ajoutez le surplus injecté (70 %) multiplié par le tarif de rachat en vigueur. C'est en général une petite somme.
  4. Divisez le prix total de l'installation, crédit compris, par cette économie annuelle. Vous obtenez le temps de retour réel — souvent très différent de celui annoncé.

Questions fréquentes

Le vendeur refuse de me remettre l'étude. Est-ce normal ?
Non. L'étude est le fondement de votre décision d'achat. Son absence ou le refus de la remettre sont des éléments défavorables au vendeur. Demandez-la par écrit ; conservez tout ce qui en tient lieu (photo d'écran, courriel, brochure annotée).
Une production annoncée 15 % au-dessus de la référence, est-ce une arnaque ?
C'est optimiste, pas nécessairement frauduleux — une étude peut retenir des hypothèses favorables. Le seuil qui change la nature du problème est le maximum physique de la toiture : au-delà, la promesse ne pouvait être tenue en aucune circonstance.
Où trouver le tarif de rachat en vigueur ?
Il est fixé par arrêté. Les révisions trimestrielles de la CRE ont pris fin avec l'arrêté du 4 juin 2026, qui fixe le surplus à 1,1 c€/kWh HT, indexé de 2 % par an, pour les nouvelles demandes. Votre contrat d'achat précise le tarif applicable à votre installation à la date de sa demande complète de raccordement ; les contrats signés avant juin 2026 conservent leur tarif.

Textes de référence

  • Code de la consommation, art. L111-1Obligation d'information précontractuelle sur les caractéristiques essentielles.
  • Code de la consommation, art. L121-2Pratiques commerciales trompeuses, y compris par allégations fausses sur les résultats attendus.
  • Code civil, art. 1137Dol par manœuvres ou dissimulation d'une information déterminante.

Ces guides décrivent le cadre général et ne constituent pas un avis juridique. Rapport Orbital restitue des données publiques ; l'interprétation de votre situation revient à un professionnel du droit.